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peinturemusic - art déco 

 

Peinture:

 pratique artistique qui consiste à couvrir une surface de couleurs.

 la Joconde 

Introduction

En tant qu'œuvre d'art, chaque peinture est le résultat de multiples facteurs collectifs tels les événements historiques au sens le plus large, les phénomènes économiques d'une société, les règles religieuses et spirituelles, les tendances philosophiques, les débats littéraires et les recherches scientifiques, etc. Dans la civilisation occidentale, la peinture est également le lieu de confrontations permanentes entre ces données macro historiques et sa propre histoire, l'histoire des productions artistiques. À l'intérieur de ces champs qui la déterminent, le rôle de l'artiste, face à l'œuvre, consiste à sélectionner, à choisir certains éléments afin de modeler l'objet artistique au moyen de sa poétique qui donne à l'œuvre une dimension personnelle et forge sa singularité. En premier lieu, les caractères généraux et particuliers de chaque objet dépendent des conditions matérielles et techniques de production : les matériaux disponibles et accessibles, l'organisation des formes sur la surface, l'apparence des touches et les effets produits, le rapport entre la couleur et le graphisme, etc. Car la peinture, avant de représenter des objets, n'est qu'«!une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées!» comme l'écrivait Maurice Denis en 1890.

Afin de mieux comprendre les avantages et les contraintes respectifs à chaque technique, on distingue trois éléments fondamentaux : le subjectile (le support de la peinture), les pigments colorés et le médium, un liquide dont l'action vise à broyer, diluer et fixer les pigments sur le subjectile. En outre, dans la plupart des cas, un enduit isole le subjectile de la couche picturale. Après la peinture, on applique, en général, un vernis qui protège la couche picturale et tend à assurer la stabilité des couleurs.

La fabrication de ces éléments est le plus souvent complexe, les formules dépendent des ateliers qui les tiennent secrètes et les modifient constamment, en fonction des effets recherchés. Dans le cas de la peinture ancienne, notre connaissance est due, en grande partie, au travail des restaurateurs qui analysent les peintures en laboratoire.

Le résultat final d'une peinture dépend également des instruments qui sont employés pour appliquer la couleur sur la surface : depuis les pinceaux, brosses, couteaux, vaporisateurs de toutes sortes et de toutes dimensions jusqu'aux instruments les plus inattendus, comme le corps humain ou des machines a priori destinées à un autre usage. On distingue en général deux groupes principaux de techniques : les peintures à base d'eau, dites «!tempera » et les peintures à base d'huile. En outre, un paragraphe sera consacré à un cas très particulier de la peinture sur mur, dite «!à fresque!».

Origines

La peinture commença avec les premières organisations sociales de l'homme. L'action de déposer des couleurs sur une surface stable, et d'intervenir dans la distribution de ces couleurs, marqua la naissance du phénomène artistique. Les sociétés préhistoriques utilisaient des argiles de différentes couleurs, des cendres d'os, des pigments végétaux associés à de l'eau et à de la graisse.

Dans l'Antiquité, les techniques picturales se sont développées, les pratiques ont peu à peu été codifiées pour donner naissance à l'histoire de la peinture dont nous dépendons encore aujourd'hui. Toutes les sociétés anciennes de la Méditerranée connaissaient et pratiquaient la tempera, une technique à base d'eau et parfois d'œuf. La cire, qui évite l'effritement de la couche picturale, a également été employée. Les pigments étaient le plus souvent d'origine minérale!; afin d'obtenir différentes nuances, on les chauffait plus ou moins, on les réduisait en poudre et on les mélangeait. La plupart des peintures conservées de cette époque sont des peintures murales, mais on la pratiquait également sur des objets amovibles comme les tissus, les meubles, les vases, les papyrus et, plus tard, vers le VIIe siècle, sur des parchemins. On sait aussi que, depuis l'antiquité grecque, l'on peignait souvent les sculptures et les façades des monuments les plus importants.

Au Moyen Âge, on perfectionna et l'on adapta les techniques des anciens. Dans le cas de peintures murales, en fonction de la nature des pigments, on associait souvent les deux techniques : à sec et à fresque. La peinture sur panneaux de bois amovibles rencontra peu à peu un plus grand succès auprès des commanditaires. Elle permit également une plus grande circulation des œuvres, et donc la possibilité, pour les artistes, de s'enrichir des expériences des autres. Dans certains cas, on juxtaposait des feuilles d'or aux couches colorées, ce qui augmentait la valeur de l'objet et grandissait le prestige des figures représentées.

Tempera

La tempera resta la pratique dominante dans la peinture sur panneaux jusqu'à la fin du XVIe siècle. On pouvait utiliser de l'eau ou de la colle comme seuls médiums, mais la peinture était alors peu résistante et très sensible aux variations hygrométriques. On préféra souvent ajouter de l'œuf. Le jaune permet l'émulsion (avec de l'huile et du vinaigre) et le blanc, insoluble à l'eau, donne de l'éclat aux couleurs. Les recettes sont très nombreuses. On peut ajouter de la cire d'abeille, de la chaux, de l'amidon, de la caséine ou toute autre sorte de substance. Sur les panneaux de bois, on est souvent contraint d'employer un enduit appelé gessoduro composé de plâtre mêlé à de la colle. Les couleurs de la tempera sont plutôt mates, elles perdent leur ton en peu de temps. Peu à peu, le nombre des pigments employés s'est considérablement accru. Ils sont d'origine minérale (terres naturelles ou brûlées, pierres) ou animale (résidus animaux). Avant de les incorporer au médium, il est nécessaire de les broyer longuement.

Aquarelle, gouache et pastel

L'aquarelle, employée depuis la Renaissance, constitue un cas particulier. C'est une détrempe très légère, appliquée sur du papier, et dans laquelle on emploie beaucoup les superpositions de couches de différentes couleurs et de différentes densités. L'aquarelle permettait surtout aux artistes de composer leur peinture en utilisant la réserve qui consistait à laisser vierges certaines surfaces de papier. Pour cette raison, les questions concernant l'aquarelle sont très proches de celles du dessin.

La gouache est une tempera plus épaisse, plus pâteuse. C'est la technique traditionnelle des anciens manuscrits, à laquelle on ajoutait une substance empêchant la fermentation.

Le pastel, qui eut un grand succès au XVIIIe siècle, associe les matériaux du dessin (le fusain, la sanguine, la craie, etc.) qui, après être réduits en poudre, sont dilués avec de l'eau et parfois des pigments supplémentaires.

Fresque

À la Renaissance, on codifia la pratique de la fresque, employée pour la peinture murale depuis l'Antiquité sous différentes formes. Le principe classique consiste à appliquer des pigments colorés dilués à l'eau sur une paroi enduite d'un mortier frais composé de chaux éteinte. Au moment du séchage, le mortier absorbe les couleurs et fixe ainsi la peinture sur le mur. L'opération se réalise en plusieurs temps. On enduit d'abord le mur d'un mélange appelé l'arriccio et composé de deux tiers de sable fin (ou de stuc) et d'un tiers de chaux. Au moyen d'un poncif (la sinopie), on reporte sur le mur, par la technique du pochoir, les contours du dessin d'ensemble. On divise ensuite la surface à peindre en plusieurs secteurs appelés les giornate (journées) et correspondant chacune à la capacité quotidienne de travail de l'atelier. Chaque matin, on applique un dernier enduit, moins épais, appelé l'intonaco et composé pour moitié de sable et pour moitié de chaux. On peut alors étendre au-dessus les couleurs tout en ayant préalablement connaissance des modifications qu'elles subiront au contact de la chaux. Les pigments employés sont des terres (chaux séchée, terre de Sienne, cadmium, cobalt, etc.) et des pigments d'origine végétale (chêne ou pins calcinés, etc.). En théorie, lorsque l'enduit est sec à l'issue de la journée, il n'est plus possible d'intervenir sur la peinture, sinon au moyen de la peinture à sec.

Le graffito constitue un cas particulier de la peinture à fresque. Il est d'un usage courant dans les peintures de murs extérieurs à l'époque moderne, et, bien qu'il soit particulièrement exposé aux intempéries, on en conserve de fort beaux témoignages, notamment dans le nord-est de l'Italie et au sud de l'aire germanique. Il consiste à recouvrir de mortier la couche colorée. Le dessin recherché apparaît après un grattage de certaines parties.

Les contraintes de cette technique ont poussé les artistes à chercher des solutions intermédiaires comme la demi-fresque, dans laquelle on peut intervenir après séchage au moyen de couleurs diluées à l'eau de chaux. Mais, fréquemment, la peinture que l'on appelle aujourd'hui à fresque n'est qu'une simple peinture à l'eau, le plus souvent synthétique, sur un enduit sec.

Peinture à l'huile

La véritable nouveauté fut la peinture à l'huile. Cette technique a été définitivement mise au point vers la fin du XVe siècle dans les Flandres et en Italie. Sous de multiples variantes, le procédé se généralisa au XVIe siècle dans tout l'Occident. Les frères Van Eyck et Antonello da Messina furent parmi les premiers à montrer toutes les ressources que l'on pouvait tirer de cette matière. Elle procure une certaine commodité du travail (avec la possibilité de travailler assez longtemps sans que le véhicule ne sèche trop vite) et donne aux couleurs brillance et transparence. Comme dans le cas de la tempera, les recettes sont innombrables. Il s'agit parfois d'une émulsion composée d'huile, d'œuf, de vernis et d'eau. Plus simplement, on trouve également l'emploi d'huiles essentielles (comme l'essence de térébenthine ou de lavande) ou d'huiles pures (comme l'huile de lin, de pavot ou de ricin) comme seuls médiums. Avec l'huile, on emploie le plus souvent un subjectile composé d'une toile (lin ou chanvre) tendue par un châssis en bois enduit d'une couche de colle. Mais on peut aussi utiliser des supports très variés : la pierre, le cuivre, l'ardoise, etc.

Dans certains cas, on passe également un fond coloré avant de peindre. C'est le cas de la technique dite de l'imprimitura, un liquide composé de jaune de Naples et d'huile.

Le procédé du marouflage, employé depuis le XVIe siècle, consiste à encoller des toiles peintes sur un mur, sur un plafond ou sur un support amovible comme un panneau de bois, par exemple.

La dernière opération, après les couleurs, consiste à appliquer un vernis qui a pour but de protéger la couche picturale. À Venise, on employa beaucoup le glacis qui consistait en un premier vernis légèrement pigmenté, c'est un vernis dit «!à peindre!». D'une manière plus générale, on distingue les vernis gras des vernis à base d'essence. Les vernis gras sont plus résistants, mais tendent à s'assombrir et à jaunir avec le temps.

Techniques synthétiques

Depuis la Seconde Guerre mondiale, l'emploi des peintures de synthèse s'est développé afin de répondre de manière plus souple aux exigences des artistes en matière de siccativité des matériaux (temps de séchage), de maniabilité (possibilité d'employer des instruments d'application plus variés) et de stabilité des couleurs. Il s'agit d'émulsions composées de résines de synthèse de type vinylique ou acrylique (matières plastiques). Elles possèdent un grand pouvoir couvrant, ce qui permet de les utiliser même sur des supports particulièrement difficiles, comme le béton ou le ciment. Elles sèchent en peu de temps et évitent ainsi à l'artiste l'inconvénient majeur de la peinture à l'huile. En outre, les couleurs sont remarquablement stables et presque inaltérables dans le temps. On peut enfin réguler la densité du produit, dont dépend la matité de la couleur, par une simple adjonction d'eau.

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Musique

 art né de la combinaison ordonnée de sons accompagnant initialement la parole, la danse et le culte religieux, pour s'en détacher au fil du temps et devenir le mode d'expression artistique le plus abstrait. Composante essentielle de toute culture, dont les origines remontent aux sociétés les plus anciennes, la musique se caractérise par une très grande variété de structures, de formes et de techniques, selon les régions géographiques ou les périodes historiques. Ainsi, les musiciens européens accordaient un rôle prédominant à la mélodie, tandis qu'en Afrique le rythme représente l'élément central de la musique. Ces caractéristiques sont liées au statut social, culturel et historique de cette activité dans les diverses sociétés, à son rapport à la conscience, ainsi qu'au corps et à l'environnement de l'être humain.

Musique et son

Si la musique s'exprime à travers le son, c'est-à-dire des vibrations acoustiques transmises au tympan et au reste du corps, encore faut-il différencier clairement un son «!musical!» d'un son non musical ou, plus communément, d'un bruit.

Selon la définition scientifique, le son est une sensation auditive causée par des vibrations propagées dans l'air. Le son se caractérise acoustiquement par plusieurs paramètres principaux : la hauteur, ou fréquence du son (plus le nombre de vibrations pour un temps donné est grand, plus le son est aigu et vice versa)!; l'intensité, ou amplitude des vibrations (plus celle-ci est élevée, plus le son est fort)!; le timbre, c'est-à-dire les vibrations particulières à un son qui permettent à l'oreille humaine de le reconnaître et d'en identifier la source — ce qui différencie, par exemple, un violon d'un piano.

Les ondes vibratoires responsables d'un son produisent des cycles réguliers, qui forment des séries calculables mathématiquement. La fréquence fondamentale d'un son est ainsi suivie de sons «!partiels!» qui constituent les harmoniques de ce son. C'est cette propriété des sons que Pythagore a mesurée à l'aide d'un monocorde (une corde tendue sur un support gradué), établissant ainsi les échelles musicales grecques en intervalles, dont l'unité de base équivalait au ton (douzième d'une octave) et qui comprenait les principaux degrés de la gamme naturelle : octave, quarte, etc. Ces règles représentent le fondement de la conception occidentale de la musique.

Toutefois, les autres cultures humaines ont toutes au moins la connaissance intuitive de l'octave (correspondant à un cycle vibratoire précis), qu'elles ont divisée à leur manière, en tons ou en intervalles parfois plus petits ou plus grands. Il existe ainsi une gamme siamoise divisant l'octave en sept intervalles relativement égaux!; en Inde, l'octave se divise en vingt-trois intervalles, et comprend donc vingt-deux degrés (appelés shrutis), plus un pour atteindre l'octave!; ces intervalles ne sont pas égaux, et approchent parfois le huitième de ton.

Dans la théorie moderne de la musique occidentale, un son est musical s'il est «!déterminé!», c'est-à-dire produit par les vibrations régulières de corps élastiques comme des cordes. Le son non musical, ou bruit, est considéré comme «!indéterminé!», ce qui revient notamment à dire que l'on ne peut lui attribuer une note (une hauteur) précise. La réalité physique est moins simple : plus le son est complexe (plus grand est le nombre de vibrations définissant son timbre), plus l'oreille humaine a du mal à l'analyser et à lui reconnaître une qualité «!musicale!»!; elle va alors le considérer comme un «!bruit!». La notion de son musical, dépend ainsi davantage de critères culturels qu'acoustiques : chaque civilisation a développé à sa manière la perception du son, selon son environnement (les instruments) et son histoire!; l'art de la musique a cependant quelques caractéristiques universelles, qui transcendent cultures et générations.

Systèmes musicaux

La musique peut être décrite comme la juxtaposition de deux éléments : les sons et leur durée (qui constituent ensemble la mélodie et le rythme). La plus simple unité d'organisation musicale est la note, c'est-à-dire un son d'une hauteur et d'une longueur spécifiques dans un système donné (comme la gamme majeure occidentale). Autrement dit, la musique se compose de combinaisons de notes individuelles qui apparaissent successivement (mélodie) ou simultanément (harmonie) ou, comme c'est le cas dans la musique occidentale, les deux en même temps.

Notes

Les diverses cultures humaines ont produit au long des siècles des systèmes musicaux différents, mais la plupart d'entre eux ont suivi un chemin tonal : l'octave fut divisée en intervalles fondamentaux, pour arriver à des systèmes dont la plus petite unité était le demi-ton, le quart de ton (dans la musique arabe, par exemple) ou même des intervalles plus petits (comme dans la musique indienne). Deux grands types de systèmes fondamentaux se retrouvent dans beaucoup de cultures : ceux fondés sur la quarte (intervalle de deux tons et demi, de do à fa dans la gamme majeure occidentale) et ceux fondés sur la quinte (intervalle de trois tons et demi, de do à sol). Les musiques fondées sur la quinte ont donné des systèmes pentatoniques (gammes à cinq notes), comme la musique chinoise, celte, hongroise ou de nombreuses formes de musique africaine. Les musiques fondées sur la quarte ont donné notamment les tétracordes de la musique grecque, qui, combinés, ont abouti à des modes de sept notes, ancêtres de nos gammes occidentales.

Rythme

L'autre paramètre de la musique est le rythme, défini par la longueur des notes et leurs interrelations, par le niveau d'importance relative entre les notes différentes et, surtout, par la mesure (le tempo). La musique occidentale est construite le plus souvent sur une structure itérative de battements, appelée structure métrique. Les trois mesures les plus courantes sont les unités de quatre temps, de trois temps et de six temps. Toutefois, la musique savante du XXe siècle, la musique indienne et les ensembles de tambours ouest-africains, par exemple, présentent une complexité et une richesse beaucoup plus grandes. Certaines musiques sont structurées sans mesure régulière prédéterminée, comme le chant grégorien, certains genres pratiqués en Inde et au Proche-Orient, ainsi que les chants liturgiques juif, islamique et bouddhiste.

Une majorité de systèmes musicaux sont fondés uniquement sur les notes et le rythme, c'est-à-dire sur la dynamique de la mélodie, ou ordonnancement des sons dans une structure rythmique. Le succès de la musique savante occidentale s'explique en partie par sa richesse polyphonique, c'est-à-dire par l'art de combiner la mélodie à une texture de sons joués simultanément, ou harmonie. Pour l'auditeur, il semble évident aujourd'hui que la trame musicale d'un morceau est fondée sur des accords de plusieurs notes jouées ensemble. La polyphonie (musique à plusieurs voix) existe dans d'innombrables cultures, mais la musique savante occidentale l'a développée à un degré de raffinement inégalé. Certaines musiques africaines, la musique cubaine, la musique classique indienne, par exemple, ont porté à leur tour l'art du rythme à une complexité extrême (certains ragas indiens sont fondés sur des cycles de dix-sept ou trente-deux temps). Quant à la tradition classique arabe, elle possède un art extraordinaire de la mélodie.

Musique et société

Née dans les premières civilisations humaines, la musique fut liée à l'origine au sacré : à l'aube de l'histoire, elle remplit des fonctions dans les sphères de la magie et de la religion. Pour les anciens Grecs, les formes de la musique influaient sur les émotions et produisaient des états de conscience différents selon le contexte et le type de gamme employé. En Inde, selon les traités de musique où sont consignés les ragas (ainsi que toute la théorie musicale indienne), ces mélodies sacrées de la tradition sanskrite agissent différemment selon la période de l'année et le moment de la journée où ils sont joués!; aussi certains ragas ne se jouent-ils que le soir, d'autres le matin, etc. Au Maghreb, en Afrique, chez les Aborigènes d'Australie, la musique a conservé jusqu'à nos jours un rôle prédominant comme moyen de guérison, de possession et d'action sur les événements du monde, héritage millénaire d'une conception symbiotique de l'Homme et de la nature.

Dès la naissance des civilisations urbaines et des États modernes, la musique, toujours étroitement liée à la religion, assumait d'autres tâches, surtout cérémonielles et réservées à l'élite : elle accompagnait les mariages royaux, les couronnements, les enterrements, etc. La musique populaire profane se développa probablement parallèlement, bien que les traces en soient ténues. Au fil des siècles se dessinait, en Occident, une différence grandissante entre les musiques populaires profanes et les musiques dites savantes, composées par des professionnels ou tout au moins des spécialistes. S'il ne reste que quelques fragments de la musique savante romaine, des textes rapportent l'existence de refrains populaires satiriques sur Néron!; celui-ci employait en effet force musiciens professionnels parfois très célèbres, et se produisait lui-même en public chantant et dansant.

Depuis l'Antiquité grecque, la musique est devenue un art en Occident. Le terme même de mousikê est grec et désigne l'art des Muses par excellence, la part de l'éducation qui, pour Platon, prépare l'âme de l'Homme au Bien par le Beau. Ainsi, d'une fonction sociale et magique essentielle qu'elle a conservée dans bien des cultures, la musique est passée à une fonction sociale et esthétique. En Occident essentiellement, avec l'essor de la civilisation industrielle et des classes moyennes, elle cessa peu à peu d'être l'apanage d'une élite et, depuis la fin du XIXe siècle, elle se pratique, se vit comme une passion, sans nécessairement être une vocation. La pratique de la musique savante, et dans une moindre mesure celle de la musique populaire, est favorisée aujourd'hui par le système d'enseignement instauré dans les sociétés industrialisées et par le développement incessant et la diversification grandissante des loisirs.

La musique au XXe siècle

Le bouleversement le plus profond qu'a apporté le XXe siècle à la pratique et à l'écoute musicales est l'enregistrement. Grâce aux moyens de diffusion produits par une industrie en expansion, la musique a connu un essor marchand sans précédent, et elle est devenue progressivement universelle : il est aujourd'hui possible d'écouter à peu près partout dans le monde des œuvres classiques ainsi que des musiques traditionnelles de la planète entière.

Des innombrables conséquences de cette évolution, celles qui ont modifié le rôle de la musique dans la société retiennent particulièrement l'attention. Du fait que la musique est devenue un marché planétaire, le mélomane a tendance à devenir de plus en plus un consommateur, et non plus un praticien. Aussi les traditions populaires s'effacent-elles au profit des musiques commercialisées à grand renfort de publicité. Avec l'explosion médiatique de la fin du XXe siècle, le goût et l'esthétique de populations entières sont fonction de la communication de masse. Ainsi, la musique baroque, bénéficiant d'une promotion plus puissante que la musique contemporaine, a une audience plus large que cette dernière. Autre paradoxe, la musique contemporaine de type occidental se crée aussi bien au Japon ou en Asie qu'en Europe : certains modèles culturels s'imposent au développement mondial de l'économie et des médias.

L'apparition des sciences humaines au XXe siècle a permis d'étudier et de découvrir — sinon de reconnaître à leur juste valeur — nombre de traditions musicales non occidentales, au moment où elles sont en péril (voir Ethnomusicologie). Des philosophes et des musicologues ont construit une esthétique de la musique, comme Theodor Adorno ou Ernest Ansermet (les Fondements de la musique dans la conscience humaine), ou une théorie générale comme Arnold Schoenberg.

Plusieurs révolutions ont cependant bouleversé l'univers musical au XXe siècle. L'une d'entre elles s'est produite en Amérique, avec le renouveau et l'essor de l'improvisation dans la culture musicale afro-américaine (voir Jazz). L'improvisation existe dans bien d'autres civilisations (comme dans les musiques indienne et africaine), et se pratiquait couramment dans la musique savante occidentale jusqu'à l'époque romantique — les nombreuses Fugues de Jean-Sébastien Bach sont des improvisations développées à partir de thèmes simples, suivant le système de la «!basse continue!». Le jazz a cependant généralisé et popularisé, dans une certaine mesure, une autre manière de pratiquer la musique, de la vivre à l'instant où elle se crée. Le poids commercial du jazz, comme de la recherche contemporaine, est cependant négligeable et, si le XXe siècle a vu naître le dodécaphonisme, l'atonalité et la musique sérielle, qui procèdent de la remise en question des règles classiques de composition, les innovations demeurent réservées à une élite. Celles-ci sont étouffées par une consommation toujours croissante d'une «!musique au mètre!», laissant peu de place à la création, qui est conditionnée par les soubresauts des industries de diffusion et de production de la musique enregistrée.

De l'émotion à la structure

De tout temps, la musique a été étroitement liée à la vie spirituelle de l'être humain, à son rapport avec le mystère, le sacré — et à son environnement. Les intellectuels et les musicologues ont souvent insisté sur la part irrationnelle de la musique, sur ce pouvoir émotionnel des sons sur l'intelligence et le corps humain. Pour Cicéron, la décadence de la Grèce était due à la «!douceur de sa musique!»!; les Grecs eux-mêmes pensaient pouvoir influer sur le caractère avec certaines mélodies. Dans nombre de cultures, on attribue à la musique un pouvoir magique, inexplicable, sur le corps et le monde physique. Cependant, la musique, en tant que système structuré, constitué à partir d'unités combinées en plusieurs dimensions — harmonique, mélodique et temporelle principalement —, est aussi une discipline proche des mathématiques et de la logique. Goethe considérait l'architecture comme «!de la musique pétrifiée!» et, pour Stravinski, c'est l'«!unité formelle!» de la musique qui «!nous met en communication avec le prochain et avec l'Être!».

L'idée de communiquer par la musique soulève aussi la question de ses affinités avec le langage. Ernest Ansermet apporte un élément de solution à cette contradiction apparente : «!Les phénomènes de conscience mis en jeu devant la musique sont les mêmes que ceux qui sont à l'origine de l'Homme dans sa relation au monde, à Dieu, à la société humaine.!» La question du rapport entre la logique propre aux structures musicales et la charge émotive de l'univers des sons reste toujours ouverte. Sous toutes ses formes, la musique représente cependant pour l'être humain une expression essentielle des données de sa conscience et de sa culture.

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Art déco

 style artistique apparu en France au début des années 1920, en réaction contre l’Art nouveau auquel on reprocha d’être une «!fantaisie passagère!» tendant à gagner tous les secteurs de la création industrielle en négligeant d’adapter ses normes esthétiques aux exigences fonctionnelles.

Le style Art déco s’affirma par un emploi de volumes simples et de surfaces planes, inspiré des recherches géométriques des avant-gardes cubistes, futuristes et constructivistes. L’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes qui se tint à Paris au cours de l’été 1925 détermina la naissance et le développement de ce style. Ce fut l’époque où un public toujours plus grand découvrit la concrétisation de la vitesse, la puissance et l’énergie en termes plastiques, l’affirmation de la couleur pure, tout comme l’objectivisme analytique.

En France, la consécration d’un certain «!art de vivre!» lié à la modernité favorisa cette interpénétration de l’art et de l’artisanat. Ainsi deux tendances se développèrent : la première, préservant la tradition et réservée à une élite, combina les formes de l’art moderne aux matériaux les plus divers et souvent luxueux. La seconde, orientée vers un plus vaste public, suivit les voies des avant-gardes, notamment celles qui furent ouvertes en Allemagne par les industriels et artistes du Werkbund et par le Bauhaus de Walter Gropius à Weimar, et celles des artistes regroupés autour de Piet Mondrian et Theo Van Doesburg dans la revue De Stijl aux Pays-Bas.

De grandes réalisations furent entreprises dans des domaines très divers : dans la décoration intérieure notamment (paquebot Normandie, immeuble du Bon Marché et cinéma Rex à Paris), mais également dans le mobilier — où l’on remarqua un retour aux placages de bois précieux, aux marqueteries, aux jeux de moulures et de spirales et à l’ornementation simplifiée (Herbst, Iribe, Jourdain, Groult, Ruhlmann) —, dans l’orfèvrerie (Puiforcat), dans la verrerie (Lalique, Daum, Baccarat), dans la mode (Poiret,Sonia Delaunay), dans l’art de l’affiche (Colin, Cassandre), dans la reliure (Legrain), dans la peinture (Boutet de Montval) ou dans l’illustration (Marty). La recherche d’un fonctionnalisme et la simplicité inhérente à ce style orientèrent par ailleurs la production industrielle vers des articles moins sophistiqués (accessoires de mode, arts de la table, arts ménagers, etc.).

Aux États-Unis, le style Art déco s’étendit aux réalisations de pointe telles que les locomotives, les restaurants de bords de route, les postes de radio, les juke-box. Toutefois, il s’illustra surtout dans des créations monumentales comme le Radio City Music Hall de New York, conçu par Donald Deskey en 1931 et le Chrysler Building de New York, de William Van Alen (1930).

En Grande-Bretagne, le plus célèbre ensemble de type Art déco est l’usine Hoover de Perivale (West London), conçue par Wallis Gilbert and Partners en 1932. Le style Art déco déclina après 1935, mais connut un renouveau dans les années 1960 et 1970.

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